8 ans à pied autour du monde. Qu’est-ce que ça change?

Caroline Moireaux a décidé de faire le Tour du Monde à pied pendant 8 ans.

J’ai suivi son périple sur sa page Facebook pendant tout ce temps.

Et j’ai décidé de l’interviewer dans le cadre d’une série d’interviews nommée « Ils ont changé de vie. Pourquoi ? Comment? Le déclic! » pour savoir comment lui était venue l’idée de ce tour du monde.

J’ai pu l’interroger sur l’organisation de son voyage, la préparation, les obstacles qu’elle a rencontrés et dépassés. Elle nous dit comment elle a réunit le budget pour son expédition.

Elle nous parle aussi son mode vie d’aujourd’hui. Elle a tout changé.

Ci-dessous un résumé de l’interview.

Si vous préférez, vous pouvez regardez la vidéo en cliquant sur l’image :

1- Qu’est-ce qui t’as donné le déclic pour partir autour du monde pendant 8 ans ?





Caroline: J’avais déjà fait un working holliday visa (Programme Vacances Travail) en Australie. J’y ai rencontré plein de voyageurs qui m’ont vraiment ouvert l’esprit sur un autre mode de vie. On m’avait éduqué à Métro-Boulot-Dodo : tu fais des études, tu te marries, t’as un chien, une maison…Et en Australie j’ai découvert des gens qui avaient eux-mêmes changé de vie, changé plusieurs fois de métiers. Alors qu’en France, tu fais des études et ensuite tu travailles toute ta vie dans ce domaine. Si tu n’as pas les diplômes tu ne changes pas de métier comme ça. C’est un peu plus facile aujourd’hui, mais quand même. Du coup ça m’avait fascinée.

Donc je suis revenue d’Australie. Je suis allée faire une saison d’hiver en tant que serveuse dans une station de ski. Puis je suis retournée travailler dans ma branche. Et un beau matin j’ai eu l’idée de faire le tour du monde à pied.

Mais en fait l’idée ne venait pas de moi. J’étais tombée sur des voyageurs français en Australie qui préparaient un voyage à pied. J’avais trouvé ça culoté comme idée et j’avais regardé un peu leur préparation. Et trois ans après j’ai vu un reportage sur eux, dans un documentaire sur des gens qui avaient changé de vie. Et c’est de là que je me suis dit « moi aussi je pars faire le tour du monde à pied. »

2- Combien de temps s’est écoulé entre l’idée et la réalisation du projet ?

Caroline: Il s’est passé 9 mois. Parce que je n’étais pas du tout une randonneuse. Le seul voyage que j’avais fait était celui en Australie. Et je n’avais jamais dormi dans une tente. Je n’y connaissais rien au niveau du matériel et encore moins de la géographie et la géopolitique. Ca m’a donc pris un certains temps d’éplucher les blogs, de savoir de quoi j’avais besoin.

La préparation de ce voyage était déjà un voyage. C’était un vrai plaisir de prendre ce temps à construire le projet un petit pas après l’autre. Puis petit à petit le projet prend forme jusqu’un jour où tu est prêt.

Photo issue du blog Pieds Libres

3- Comment as-tu évalué et réuni le budget ?

Caroline: Alors moi quand j’ai préparé le voyage, l’argent c’est pas un truc auquel j’ai pensé.

Ces jeunes qui étaient parti avant moi avaient un budget de 2€ par jour.

Moi je ne pensais pas que ça me prendrait autant de temps. Je pensais 3 ou 4 ans peut-être. Et l’argent je n’en avais besoin que pour la nourriture. Et la nourriture ça ne coûte pas si cher. Et donc je suis partie sur un budget de 4€ par jour. Et cet argent je l’avais déjà sur un compte en banque.

Pour 10 ans, ça fait environ 14 000€.

L’argent n’était pas ma priorité. Ma priorité c’était suivre mon coeur. Si je n’avais pas eu l’argent, je serais allée faire une saison en Suisse pour économiser. L’argent n’est pas ce qu’il y a le plus dur à trouver. Il y a des bourses de voyage pour les jeunes. Il y a les sponsors. On va travailler et on économise. On réduit ces charges…

L’important c’est de se demander « qu’est-ce que j’ai envie de faire ? Combien ça va me coûter ? Et ensuite, qu’est-ce que je mets en place pour réunir cet argent ? » C’est aussi simple que ça.

Si dans notre vie on ne mettais pas l’argent en premier, on serait beaucoup plus heureux.

4- As-tu sauté dans le vide ? Ou bien as-tu fais des essais avant le grand départ ?

Caroline: Non, j’ai découvert en partant. Je ne me suis pas entraînée. La marche est quelque chose de naturel. Je ne vois pas l’intérêt de s’entraîner. C’est lent. Il y a juste le fait de porter le sac.

Pour le matériel pareil, je ne l’ai pas essayé avant.

J’ai très peu utilisé ma tente finalement. Car majoritairement on dormait à la belle étoile. Et quand c’était nécessaire, je dormais dans la tente de mes coéquipiers. On ne montait a tente que s’il pleuvait.

Photo issue du blog de Caroline Moireaux.

5- As-tu rencontré des peurs ou obstacles avant de partir ?

Caroline: En fait je ne suis pas vraiment sortie de ma zone de confort. Donc je n’avais pas vraiment de peur avant de partir.

Qu’est-ce qui peut être dramatique finalement ? Une agression matérielle ou sexuelle ?

Si on me vole toute mes affaires, qu’est-ce qui va me peiner ?

Souvent les touristes on leur vole leurs affaires. On peut se faire agresser ici aussi.

La probabilité de se faire agresser dans les campagnes est très faible. Pour moi le plus dramatique aurait été de me faire voler mes cartes SD, avec toutes mes photos, ou mon passeport.

Du coup je n’ai jamais laissé mon sac tout seul, ou bien je gardais sur moi, dans une petite pochette, mes cartes SD, mon passeport et une partie de l’argent, pour pouvoir m’en sortir les premiers jours.

Pour ce qui est des agressions sexuelles. Le risque il n’est pas plus élevé qu’en France. Ca m’est déjà arrivée de me faire ennuyer en France. Donc je me suis fait la scène dans ma tête: quoi faire si ça arrive?. Dans un premier temps le dialogue, pour éviter d’engendrer la violence. Et si jamais je n’arrive pas à le dissuader, ça va peut-être choquer ce que je vais dire, mais je me laisserai faire, pour éviter de me faire tabasser en plus.

Mais la peur n’évite pas le danger. Il faut aussi observer si on a affaire à un malade mental ou à un homme qui a envie de sexe et qui tente sa chance. Ca n’est pas la même situation.

6- Et à long terme, tu partais longtemps, tu laissais beaucoup de choses derrière toi….Est-ce que tu as des peurs liées au futur ? L’emploi, la retraite…au retour…

Caroline: Moi j’avais déjà tout quitté pour partir en Australie. Donc en revenant j’avais juste un CDD, je vivais en coloc, j’étais célibataire…Donc je ne laissais pas grand-chose derrière moi.

La retraite, c’est la question qu’on me posait le plus. Mais moi dans toute ma vie d’adulte, j’ai peut-être travaillé 3 ans en France. Donc la retraite, je n’y aurais pas forcément droit. Et d’ici à ce qui j’y arrive ça n‘existera peut-être plus.

Par rapport à l’emploi, si tu as vraiment envie de faire le tour du monde, tu le quittes ton travail.

La maison, soit tu la vends et ça te fait un apport pour financer ton projet. Soit tu veux la retrouver à ton retour et alors tu la loues. Le loyer te paie ton crédit.

« Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions ».

J’aime beaucoup ces paroles de Poalo Coehlo:

« – IL est normal d’avoir peur d’échanger contre un rêve tout ce qu’on a déjà réussi à obtenir.

– Alors pourquoi dois-je écouter mon coeur ?

– Parce que tu n’arriveras jamais à le faire taire. Et même si tu feins de ne pas entendre ce qu’il te dit, il sera là dans ta poitrine et ne cessera de te répéter ce qu’il pense de la vie et du monde. »

Pourquoi on est frustré dans nos vie?

C’est parce qu’on a tous une aspiration à laquelle on renonce.

Mais le bonheur c’est d’être aligné, d’accepter qui nous sommes réellement.

Et en général on choisit des boulots par facilité, parce qu’on a besoin de sécurité, ou que nos parents nous ont influencé.

Quand tu apprends à reprendre possession de toi même, que tu sais ce que tu veux…tout s’aligne.

Mais rien que répondre à cette question : « Qu’est-ce que je veux ? » c’est hyper dur.

Je te jure que quand j’ai su ce matin là que je voulais faire le tour du monde à pied, tu ne peux pas imaginer l’alchimie qui s’est passé dans mon corps. A partir de là, quand tu sais vraiment ce que tu veux, tu as tout qui s’ouvre, parce que tu as la direction.

Au fond de nous on sait tous ce qu’on veut, mais des fois ça n’est pas conscientisé. C’est pour cela qu’il y a des coachs ou des psy : pour t’aider à conscientiser quelque chose que tu ressens ou que ton coeur sait. C’est quoi le rêve que tu as oublié.

Si tu n’es pas heureux c’est que tu ne fais pas ce que tu veux. Mais on se trouve des excuses parce qu’on a besoin de sécurité. On dit qu’on a de la chance d’avoir un boulot et qu’on ne peut pas se permettre de le quitter. Mais du travail il y en a.

Donc il faut se demander pourquoi on travaille. Est-ce que c’est pour financer un projet ou bien travailler pour travailler ?

(suite de l’interview vidéo 2)

Caroline: Moi aujourd’hui je ne travaille pas beaucoup. J’ai créé un programme pour accompagner les gens qui veulent découvrir la rando avec bivouac. Donc j’ai des week-ends de pris. J’ai l’emploi du temps que je veux. Et quand je veux gagner plus d’argent, je prospecte davantage pour trouver des conférences.

Aujourd’hui je vis chez mes parents, je suis logée-nourrie, je n’ai pas beaucoup de charges, donc je n’ai pas besoin de gagner beaucoup d’argent. Mais c’est un choix de vie.

Je ne suis pas persuadée que l’être humain est fait pour travailler 10h par jours.

Moi j’étais cadre. Comme je n’avais pas d’enfant je restais 10h par jour au travail, 5 jours par semaine, pour 2 jours de repos.

Aujourd’hui je ne peux pas me permettre de n’avoir que 2 jours de repos. Il y a plein de choses que je veux faire, que je veux vivre, étudier. Donc j’ai fais des choix.

Si j’achète quelque chose, je ne fais pas de crédit parce que ça ajoute des charges. Aujourd’hui j’ai un peu plus de 100€ de charges fixes.

Le peu d’argent que je gagne, je peux le dépenser dans des choses qui me font plaisir.

J’ai des amis qui ont 1000€ de charges fixes. Donc ils sont obligés de générer au moins 1000€ de revenus par mois.

L’argent ne devrait pas être le socle de notre vie. Si tu as des charges importantes et que ton salaire est la base de la pyramide et que tu perds ton travail, tout s’effondre.

7- Vivre avec un sac à dos t’a-t-il aidée à pouvoir vivre de peu aujourd’hui ?

Caroline: Je pense que j’avais déjà ça en moi avant car j’ai grandi à la campagne et que je viens d’un milieu modeste. Donc j’ai toujours été un peu minimaliste.

Après en effet, avoir une Tiny-house aujourd’hui pour moi ça serait déjà le grand luxe après avoir vécu 8 ans dans une tente d’un mettre carré.

Et en effet c’est vraiment confortable d’avoir toute sa maison sur son dos. Moi aujourd’hui c’est ma voiture du coup.

Je trouve très inconfortable notre vie de sédentaire. Quand j’étais en voyage, j’avais toujours tout avec moi dans mon sac à dos. En cas d’imprévu j’avais de quoi manger, cuisiner, dormir…Donc il y a un coté super confortable à avoir peu mais tout l’essentiel avec soi en permanence.

J’ai un peu d’argent de côté donc je ne suis pas très inquiète. En ce qui concerne la retraite, ben si j’ai le minimum, même 400€, il y a des pays où l’on peut aller vivre où la vie ne coûte rien.

En France avec 2€ par jour, tu vas à la boulangerie pis c’est tout.

Si j’arrive à économiser d’ici ma retraite ne serait-ce que 10000€, en Thaïlande je peux vivre un paquet d’années.

Donc il y a toujours des solutions. Après toutes les solutions ne sont pas forcément confortables. Mais à chacun de choisir une stratégie qui lui convient.

Si je dois aller vivre ma retraite en Thaïlande alors que ma famille est en France, ça ne sera pas très confortable. Mais ça sera la conséquence de mes choix passés. Donc les choix que l’on fait aujourd’hui ont des conséquences qu’il faut assumer.

Mais l’important est de choisir ce que l’on veut générer aujourd’hui dans notre vie, car notre futur on ne sait pas s’il existera. Donc c’est bien d’avoir des grandes lignes pour notre avenir, mais ne pas y passer trop de temps.

Il est important de reprendre le contrôle de sa vie. Rien ne nous est imposé. On fait des choix.

Par exemple, on n’est pas obligé de payer ses impôts. Par contre il y aura des conséquences.

Il y a une méthode qui consiste à dire « Je préfère… ». Par exemple : « Je préfère payer mes impôts que de chercher des moyens de ne pas en payer. Ou je préfère payer mes impôts qu’aller en prison. »

On a toujours le choix. Quelque fois on n’a pas la capacité de faire ces choix du fait de notre état psychologique ou émotionnel. C’est alors qu’il faut aller chercher de l’aide.

Photo issue de blog Pieds Libres

8- Le projet était-il complètement bouclé avant ton départ ?

Caroline: Non, quand je suis partie, je savais que ça allait prendre 10 ans, et je connaissais mon itinéraire global, c’est à dire les pays que j’allais traverser. Mais l’itinéraire à l’intérieur des pays s’est fait au fur et à mesure.

9- Comment vis-tu aujourd’hui ? Quels sont tes projets ?

Caroline: J’ai créé une formation en ligne « Les 5 étapes de la préparation d’un voyage au long cour ».

Et là je viens de créer un programme pour accompagner les gens dans leur premier voyage, s’ils ont des questions etc.…

Tout est sur mon blog www.piedslibres.com

Photo issue du blog de Caroline Moireaux.

Conclusion

Caroline Moireaux est passée de cadre qualité dans une entreprise à accompagnatrice en voyage à pied et bivouac. Elle travaillait 10h par jour, 5 jours par semaine, 47 semaines par an. Aujourd’hui, elle travaille quelques week-ends, et vend une formation en ligne. De temps en temps elle anime une conférence sur son aventure de 8 années. Elle kiffe sa vie.

On peut la retrouver sur Youtube, Facebook, Instagram sous le même nom que son blog Pieds Libres.

Pour découvrir d’autre témoignages de changement de vie, vous pouvez lire cet article:

Ils ont changé de vie. Pourquoi? Comment? Le déclic!

Merci. 🙂

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